INTelligence GÉOspatiale ou « GEOINT » : définitions, tendances et acteurs

Par Guy Aubé, L’AQT

Bien que le terme « GEOINT » (GEOspatial INTelligence) soit utilisé depuis quelques années aux États-Unis, en Europe et ailleurs dans le monde, il a encore très peu de visibilité au Québec et au Canada. Pourtant, de nombreux acteurs académiques, industriels et gouvernementaux sont déjà actifs dans la communauté « GEOINT ». Ce court article (i) propose quelques définitions du terme « GEOINT »; (ii) met en lumière les différentes tendances technologiques qui l’influence et (iii) informe sur les différents acteurs de cette communauté qui fera progresser la science de l’information géographique, ses produits et services ainsi que notre qualité de vie.

(i)                 Définitions

Le terme « GEOINT » réfère, entre autre, à la discipline de l’exploitation et de l’analyse des données provenant de satellites ou autres observations de la Terre permettant de décrire, analyser, visualiser et comprendre les environnements physiques et humains complexes. Aux États-Unis, le terme « GEOINT » fait depuis plusieurs années référence à « une information sur l’activité humaine ou environnementale sur Terre dérivée de l’exploitation et de l’analyse d’images et d’informations géospatiales décrivant, évaluant et représentant visuellement des entités physiques et des activités géographiquement référencées » (NGA, Wiki, 2018). En 2018, la connaissance de la « GEOINT » et des techniques commerciales connexes ne se limitent plus au gouvernement américain, ni même aux principales puissances mondiales. En outre, des pays tels que la Corée du Sud, l’Inde, le Maroc ou la Nouvelle-Zélande sont maintenant impliqués dans des activités ou conférences spécifiques à la « GEOINT ». Alors que d’autres pays peuvent définir l’intelligence géospatiale quelque peu différemment du gouvernement américain, l’utilisation des données et des services dérivés de la « GEOINT » est similaire (AGO, NGO, SatCen, Wiki, 2018).

L’Australia Geospatial Intelligence Organisation (AGO) définit l’intelligence géospatiale (GEOINT) comme étant « une intelligence dérivée de l’exploitation et de l’analyse d’images et d’informations géospatiales sur des caractéristiques et des événements, en fonction de l’espace et du temps. Cette définition s’applique non seulement aux produits et services, mais également au processus d’analyse. GEOINT comprend les sous-disciplines suivantes: (1) l’analyse d’images : processus consistant à examiner une image recueillie à partir de satellites ou d’aéronefs pour identifier des caractéristiques, décrire des activités et interpréter ce qui se passe à un endroit donné de la surface de la Terre. L’AGO est responsable de l’attribution des tâches, de la collecte, du traitement, de la diffusion et de l’archivage des images utilisées par les forces de défense australiennes et d’autres organismes gouvernementaux ; (2) l’analyse géospatiale : entraîne la collecte et l’analyse d’informations sur les caractéristiques du terrain, leurs relations avec la Terre et entre elles. Les caractéristiques géographiques peuvent être des collines et des vallées, des rivières, des bâtiments, des rues ou même des écoles. En utilisant des systèmes d’information géographique (SIG), les données peuvent être triées, examinées, analysées et des conclusions peuvent être tirées et affichées d’une multitude de manières qui ne seraient pas possibles sans SIG ; (3) les informations et services géospatiaux ».

Les européens (SatCen) ont aussi leur définition: « Le terme GEOINT signifie GEOspatial INTelligence, qui comprend l’exploitation et l’analyse d’images et d’informations géospatiales pour décrire, évaluer et représenter visuellement des entités physiques et des activités géographiquement référencées sur Terre. GEOINT combine plusieurs disciplines telles que la cartographie, la cartographie, l’analyse d’images et l’intelligence d’imagerie. Bien que normalement associées à un contexte militaire, le fait est que les organisations du secteur privé et civil travaillant dans des domaines tels que les télécommunications, les transports, la santé et la sécurité publiques et l’immobilier utilisent les renseignements géospatiaux pour améliorer la qualité de la vie quotidienne ».

Le gouvernement de la Nouvelle-Zélande (GEOINT New Zealand) définit l’INTelligence GÉOspatiale (GEOINT) comme « l’exploitation et l’analyse d’imagerie et d’informations géospatiales à propos de lieux ou d’activités liés à l’économie, la défense, la sécurité ou l’intérêt d’intelligence ».

Les auteurs Bacastow et Bellafiore (American Intelligence Journal) propose une définition  « de facto » de  la GEOINT et de l’intelligence géospatiale qui reflète davantage le caractère international général de la discipline : « L’intelligence géospatiale est un domaine de connaissance, un processus et une profession. En tant que connaissance, ce sont des informations intégrées dans un contexte spatio-temporel cohérent qui supporte les descriptions, explications ou prévisions des activités humaines avec lesquelles les décideurs agissent. En tant que processus, il s’agit du moyen par lequel les données et les informations sont collectées, manipulées, raisonnées géospatialement et diffusées aux décideurs. La profession du renseignement géospatial établit la portée des activités, des associations interdisciplinaires, des compétences et des normes dans les milieux universitaires, gouvernementaux et privés. »

(ii)               Tendances

Dans les prochaines années, les experts prédisent que ces six tendances vont influencer et dominer le marché et l’industrie « GEOINT » : (1) l’intelligence artificielle et l’automatisation; (2) les médias sociaux et données mobiles; (3) les nuages de données; (4) les services analytiques; (5) les technologies de courte durée; (6) la science de l’information géographique (Geospatial World, 2018). La National Geospatial Intelligence Agency (NGA) a indiqué en 2018 qu’elle a pour objectif d’automatiser 75% de ses activités d’ici les 5 prochaines années et qu’elle atteindra son objectif à l’aide de l’intelligence artificielle et de l’automatisation. Les téléphones intelligents et mobiles et l’utilisation croissante des médias sociaux transformeront aussi les humains en véritables « capteurs » dans les prochaines années (GW, 2018). Cette nouvelle réalité stimulera une nouvelle vague d’innovation et de stratégie de la communauté GEOINT. De plus, les quantités croissantes de données géospatiales disponibles font maintenant naître le besoin d’obtenir de nouveaux outils ouverts, faciles d’accès pour l’analyser rapide de données. Le futur marché GEOINT sera aussi stimulé par le développement et l’offre de « l’analytique » comme un service et non plus seulement dirigé vers l’achat de données. Les services info-nuagiques faciliteront l’archivage, l’accès et l’analyse des larges volumes de données. La science de l’information géographique sera au cœur des activités GEOINT puisqu’elle permettra d’utiliser les technologies géospatiales, notamment les Systèmes d’information Géographiques (SIG), pour capturer, gérer et analyser de l’information géographique permettant de prendre des décisions dans des environnements physiques, humains et culturels complexes (GW, 2018).

(iii)             Des acteurs importants de la communauté GEOINT

Australie : Australia Geospatial Intelligence Organisation (AGO)

Brazilian National Data Infrastructure (INDE)

Canada : Canadian Forces Intelligence Command (CFINTCOM)

États-Unis : National Geospatial Intelligence Agency (NGA)

Europe : European Union Satellite Centre (SatCEN)

Inde : Indian Defence Research & Development Organisation (DRDO)

Japanese Cabinet Satellite Intelligence Center

Nouvelle-Zélande : GEOINT New Zeland (GNZ)

Portugal : Geospatial Intelligence Centre (CIGeoE)

Royaume-Uni : Defence Geographic Centre / Defence Geospatial Intelligence Fusion Centre (DGIFC)

 

Références: AGO, American Intelligence Journal, CFINTCOM, CIGeoE, DGIFC, DRDO, Geospatial World, GNZ, INDE, NGA, SatCen, Wiki, 2018.