L’altimétrie spatiale scrute la montée des eaux

Les satellites altimétriques ont fait entrer l’océanographie dans l’ère moderne en proposant des mesures très précises du niveau des mers sur un temps long. Ils constituent aujourd’hui un outil incontournable pour mettre en évidence l’impact du réchauffement de la Terre.

L’océan est le grand réservoir de chaleur du système climatique, avec un pouvoir de réchauffement 1200 fois supérieur à celui de l’atmosphère. C’est lui qui stocke 93% de l’excès de chaleur produit par l’augmentation exponentielle des gaz à effet de serre. En conséquence il se réchauffe, ce qui entraîne par dilatation une augmentation du niveau de la mer.

A cette première cause qui explique un tiers de la hausse, s’ajoute la fonte des calottes polaires et celle des glaciers de montagne, responsables à parts presque égales des deux tiers restants, précise Anny Cazenave.

Une accélération due à la fonte du Groenland

L’altimétrie spatiale offre des outils aujourd’hui incontournables pour observer et mesurer l’ampleur de ces phénomènes, décrit Michaël Ablain, responsable du département Climat chez CLS, filiale du CNES spécialisée dans la fourniture de solutions d’observation et de surveillance de la Terre :

A ce premier satellite altimétrique de haute précision développé par le CNES et la NASA a succédé jusqu’à aujourd’hui la série des Jason, complétée par les satellites Envisat et Sentinel de l’Agence Spatiale Européenne, ce qui permet d’avoir aujourd’hui 25 ans de données sur le niveau des océans, sur la circulation océanique et les courants. Sur cette période, l’élévation moyenne du niveau de la mer est d’environ 3mm par an, avec des différences importantes selon les régions liées à la variabilité naturelle du climat : elle atteint par exemple 10mm par an dans le Pacifique tropical.

« En réalité, précise Anny Cazenave, la courbe d’évolution du niveau moyen global de la mer est une exponentielle. En effet, en raison de problèmes instrumentaux, les six premières années de la mission TOPEX-Poseidon avaient surestimé la hausse de la mer. En corrigeant cet effet, on se rend compte que le niveau moyen de la  mer ne monte pas à vitesse constante, mais qu’il y a une nette accélération ces dernières années due à la fonte accrue des glaces du Groënland et de l’Antarctique. »

Pour l’avenir, les modèles de prévision évaluent la hausse du niveau de la mer entre 30cm et 1m à l’horizon 2100, selon les scénarios futurs d’émission de gaz à effet de serre. La fourchette est large, mais aucun modèle ne prévoit une stabilisation ou une baisse.

Selon des études récentes, l’Antarctique pourrait contribuer plus que prévu ; une élévation du niveau de la mer de 1m ou plus en 2100 par rapport au début des années 2000 n’est pas à exclure. Par ailleurs, même si les émissions de gaz à effet de serre cessaient totalement, à cause de sa grande inertie thermique  l’océan continuerait à se dilater pendant plusieurs siècles, et la mer de monter…

Plus d’information: https://cnes.fr/fr/climat-laltimetrie-spatiale-scrute-la-montee-des-eaux

Référence / Crédits : CNES, 2017