Instrument IASI : incendies, éruptions et suivis à la trace depuis l’Espace

Feux, éruptions volcaniques,… Les événements exceptionnels laissent des traces chimiques dans l’atmosphère terrestre. En orbite à 820 km d’altitude, l’instrument IASI suit leurs déplacements au gré des vents avec, à la clé, le développement de systèmes d’alerte.

 

  1. Le Portugal fait face à des incendies à répétition en raison d’une sécheresse particulièrement marquée. A chaque feu, du monoxyde de carbone est relâché dans l’atmosphère. Comme le nuage de Tchernobyl, ce gaz ne s’est pas arrêté aux frontières. Le 16 octobre, emporté par l’ouragan Ophelia puis les vents d’Ouest, il a survolé la Bretagne, le Royaume-Uni, la Norvège,… Le 18 octobre, le panache de gaz avait même atteint la mer Caspienne, en Asie centrale ! Si on le sait aussi bien, c’est grâce aux 2 instruments IASI du CNES qui équipent les satellites météorologiques européens Metop-A et Metop-B.

 

IASI est aussi capable de ”voir” le dioxyde de soufre et les cendres libérés dans l’atmosphère lors d’éruptions volcaniques. Suite au réveil du volcan Eyjafjöll en Islande en 2010, les équipes du LATMOS en collaboration avec l’Université Libre de Bruxelles (ULB) ont développé un système d’alerte basé sur le suivi des panaches des cendres volcaniques par IASI. Aujourd’hui, les données de IASI associées à celles d’autres sondeurs contribuent au projet SACS (Support to Aviation Control Service) à destination des compagnies aériennes pour délivrer des alertes en temps réel. Elles participent ainsi à la sécurité du trafic aérien.

Véhicules, industries, centrales thermiques, chauffages, élevage intensif,… Les activités anthropiques libèrent une grande diversité de gaz dans l’atmosphère qui ont des impacts sur le climat de notre planète et la qualité de l’air que nous respirons. L’instrument IASI détecte certains de ces polluants, tels le monoxyde de carbone, l’ozone et l’ammoniac (voir encadré).

 

« Depuis 2012, les concentrations de monoxyde de carbone dérivées des mesures IASI sont intégrées en continu dans un système de prévision journalière à l’échelle du globe dans le cadre du projet CAMS (Copernicus Atmospheric Monitoring Service) situé en Angleterre » indique Cathy Clerbaux. Dans le cadre d’une thèse co-financée par le CNES, son équipe ambitionne de mettre en place un nouvel outil opérationnel axé sur un ensemble d’indicateurs (météorologiques et chimiques) utilisant directement les observations satellitaires d’IASI pour l’aide à la décision en cas de de pics de pollution.

 

Mais déjà l’avenir se prépare. En 2021, le successeur de IASI, IASI-NG (avec NG pour ”nouvelle génération”), sera envoyé dans l’Espace. Si ce nouvel instrument aura la même résolution spatiale que IASI (un cercle au sol de 12 km de diamètre), il ajoutera un niveau de précision dans les concentrations en gaz mesurées grâce une résolution spectrale et un bruit radiométrique améliorés par 2.

 

L’instrument IASI a été développé par le CNES en coopération avec EUMETSAT. Les données de CO, SO2 et NH3 de IASI sont distribuées gratuitement et librement depuis le Pôle de données et services Aeris qui fédère de nombreux organismes de recherche dont le CNES. Le CNES finance de nombreuses recherches menées sur les données IASI à travers le programme TOSCA et participe au financement de bourses de thèses et de post-doctorat.

 

Pour plus d’information, visitez : https://cnes.fr/fr/incendies-eruptions-suivis-depuis-espace

 

Crédits : image des incendies au Portugal : Copernicus 2017, ESA / traitement : Pierre Markuse

 

Référence : CNES, 2017