L’enseignement et la recherche au Gabon : un défi, un cheminement personnel dans un pays vert

Par Marjolaine Okanga-Guay, Laboratoire de Géomatique de Recherche Appliquée et de Conseil, Département de Géographie, Université Omar Bongo, Libreville, Gabon

A la base spécialisée en Géographie urbaine, l’utilisation de la géomatique comme outil de traitement des problèmes spatiaux m’a emmené à me pencher sur les problèmes environnementaux locaux. Après un parcours personnel qui m’a fait transiter par la France, je me retrouve à enseigner et conduire des recherches au Gabon depuis 2007.

Le Gabon est un pays Atlantique de 267 667km² situé en Afrique Centrale. Couvert aux 3/4 de forêts denses du Bassin de l’Ogooué (faisant partie de l’ensemble du Bassin du Congo), il y existe une forte prédominance à la protection de la nature puisque, depuis 2002, plus de 11% du territoire est affecté aux Parcs et Aires protégées.

Le Gabon est faiblement peuplé : 1 577 938 personnes en 2003. Cette population est concentrée dans quelques agglomérations principales et villages disposées le long des routes. Ce sont essentiellement les quelques grandes villes qui font subir des pressions sur les écosystèmes naturels. Des modifications importantes se déroulent particulièrement sur les fronts urbains de Libreville, la capitale.

Le système universitaire public gabonais, aux ressources matérielles et financières limitées, nous oblige à user d’un haut degré de débrouillardise, de patience et d’imagination pour la transmission des connaissances. Des effectifs pléthoriques (500 à 600 étudiants dans une classe ne pouvant qu’accueillir normalement 250) posent des défis extrêmes lors des cours magistraux, des travaux pratiques et des évaluations. Or, de toute cette masse surgissent quelques perles qui justifient cette tâche difficile.

Historiquement, la science était l’apanage de la France et cette présence y est toujours forte. Le savoir et les compétences ont été longtemps importés du Nord. Pourtant, de nouvelles initiatives de collaborations sud-sud permettent aux Africains de se pencher sur des problématiques propres à leurs contextes. C’est pourquoi les décideurs gabonais ont créé, entre autres, l’Agence Gabonaise d’Etudes et d’Observations Spatiales et le Plan National de Géomatique qui indiquent une volonté de moderniser les outils de gestion du territoire afin de développer le pays. Mais leur jeunesse (2010-2011) ne permet pas encore une utilisation optimale des différents outils et services qu’ils proposent.

La recherche est variée et de type principalement appliquée. Une partie doit répondre à des préoccupations de gestion des paysages équatoriaux (forêts de terre ferme, forêts humides dont les mangroves, les mosaïques forêts-savanes), de leur biodiversité encore mal connue et des problématiques littorales (anthropisation, érosion, pollutions, etc.) ou de santé (paludisme endémique). Au niveau international, plusieurs projets de recherche se penchent sur les stocks de carbone et la valeur de la conservation et de la protection de la nature.

Okanga_Guay

Promenade en pirogue : processus de validation de la classification par télédétection. (Je suis la 3e personne)